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Quand le temps s'arrête

Comment la course la plus cruelle de l'année peut-elle être notre préférée? Eh bin, ce troisième Rasputitsa a répondu à ma question. Le nom de cette course fait référence à la célèbre « saison de la bouette » qui donna un avantage militaire crucial à des générations d'armées russes.

Ces images de cyclistes se démenant dans la boue et la neige attirent de plus en plus de gens chaque année à East Burke, au Vermont. Lors de mes deux premières participations, le printemps avait été plutôt doux. Cette fois-ci, les étoiles étaient alignées pour une vraie ride de fou dans le fin fond du Vermont.
Beau décor pour réparer un frein arrière aux capacités extra-terrestres.
Photo: Geoffroy Dussault

Tous les coureurs sur la ligne de départ en ont eu pour leur argent. Les ascensions sans fin étaient de nouveau au menu pour ralentir notre progression dans cette guerre contre la bouette. Il y a toujours cette section appelée Cyberia, dans laquelle le parcours va directement dans un sentier de 4 roues plein de neige, forçant les coureurs à marcher et survivre. Cyberia est arrivée assez tôt dans la course cette année, mais elle a fait des petits depuis un an... On y reviendra.

Pour la première fois, nous avons pu admirer tous ces kilomètres de routes de gravier recouvertes de neige et de petite glace craquée, vous donnant l'impression d'être au winter wonderland. Pendant que l'esprit s'émerveille, le corps subit, enchaînant montées, faux-plats et descentes folles au maximum de ses capacités de début de saison. Il y a toujours un cycliste à l'avant, rerésentant objectif ultime qui se rapproche si lentement malgré tous vos efforts et qui s'éloigne si vite aussitôt que vous avez une petite faiblesse.

Il y a des trous partout dans la route. Le cimetière à bouteilles d'eau a encore une fois été très populaire, ruinant le plan d'hydratation de nombreux cyclistes après environ 5 kilomètres!

Alors qu'on pensait être presque arrivés, nous avons eu droit à une deuxième Cyberia!!! Par contre, c'était long, long, long. Ça ne finissait plus!! Je ne pensais jamais que mes années de cyclocross et de triathlon auraient pu autant se fusionner. J'ai dû gagner 50 places durant ces 20 minutes de course-vélo dans la neige molle ou dure, jusqu'à ce que les crampes aient raison de moi.

On a ensuite appris que la plupart d'entre nous ont pris la mauvaise route et ont roulé 2,5 km de plus dans cette neige. Une personne fatiguée peut réagir assez intensément. Certains étaient vraiment, vraiment frustrés d'obtenir un résultat faussé, d'autres étaient démoralisés, mais j'étais ­­honnêtement heureux d'avoir enfin vécu la vraie expérience Rasputista pour une fois, même avec des kilomètres supplémentaires. Le résultat on s'en balance un peu.

C'était une journée parfaite, pleine de soleil, de dénivelé positif, de bouette, de glace, de neige... On a même vu une chèvre géante traverser la route!

La course n'est qu'une partie du Rasputitsa. C'est surtout le début de saison, la renaissance d'une passion profonde pour le cyclisme.

Ça fait des mois qu'on s'entraîne en pratiquant notre deuxième, troisième ou quatrième sport favori. C'était le temps que ça finisse. Le Team Gris s'est réuni dans une maison à Burke pour le week-end. De la bonne bouffe, de la bonne bière et des belles rides de bikes: voilà un grand classique revisité avec succès!

Petite pause dans une ride d'après-course qui restera un très bon souvenir. Photo: Geoffroy Dussault

Les organisateurs de Rasputitsa, Heidi Myers et Anthony Moccia, ont toujours dit qu'ils n'étaient que deux amis qui organisaient juste une course de bike. Mais avec le temps, cette course est devenue  unique. Oublions les dommages qu'une erreur de parcours puisse faire à l'égo et félicitons ces deux amis qui continuent de livrer un événement qui continue de s'améliorer même s'il devient de plus en plus populaire.

Plus populaire, mais pas plus facile. Et c'est aussi ce qu'on aime. Quand vous quittez le bureau le vendredi en disant à vos collègues que vous allez faire une course de vélo dans le gravier, la boue et la neige ce week-end, la plupart d'entre eux vous traitent de fou. Et ils ont peut-être raison.

Après tout, pourquoi cette course, certainement la plus cruelle de l'année, est-elle notre préférée?

C'est tout simplement parce qu'après des mois d'attente, le temps s'est arrêté durant tout le week-end pour nous laisser faire ce qu'on aime le plus: une vraie course de bike, dure, avec nos amis.

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