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La règle 40 et l'hypocrisie olympique

Nous sommes le 1er février et la règle 40 fait jaser.

À quelques jours des jeux d'hiver de Pyonchang, toute marque qui n'a pas grassement payé le comité international olympique ne peut plus faire référence aux mots suivants de quelconque façon:

«olympique(s)», «Jeux olympiques», «olympiade», «olympiades», la devise olympique «Citius Altius Fortius» et ses traductions, «2018», «Pyonchang», «or», «argent», «bronze», «médaille», «effort», «performance», «défi», «hiver», «Jeux», «sponsors», «commanditaires», «victoire» et «olympien», sous peine de sanction.

Cet article résume bien le débat. Et j'aime bien la photo qu'ils ont choisi.

Approuvé par le Team Gris

Je lis beaucoup à ce sujet depuis hier et le débat fait rage. D'un côté, plusieurs estiment que la règle 40 en mène large, surtout depuis l'avènement des réseaux sociaux. À l'opposé, qui peut blâmer une marque de se protéger elle-même ainsi que ses partenaires?

Ce qui retient mon attention, c'est à quel point il est ironique, voire hypocrite de la part du CIO d'avoir créé cette règle dès le départ.

Elle a vu le jour en 1991, quand l'aspect commercial des olympiques continuait de prendre de l'ampleur. Pourtant, depuis sa genèse, l'olympisme met le sport et la culture à l'avant plan et ce, au détriment de tout, absolument tout le reste. 

C'est d'ailleurs pour cette raison qu'encore cette année, il n'y aura aucun logo de commanditaire sur les sites de compétition et sur les vêtements des athlètes. Ici, je dis aucun logo, cela inclut les commanditaires officiels du CIO, dont la visibilité se limite au droit de s'associer aux jeux dans leurs activités de relations publiques.

Mais l'olympisme, comme tous les autres sports, se finance maintenant par la commandite et la politique, soignant même ses relations avec des pays qui font "disparaitre" des apôtres de l'antidopage. Scusez.

On jase, là: L'esprit de la règle 40 pourrait se résumer ainsi: "Le CIO ne veut pas voir de commanditaire, à part dans son compte de banque." 

Logique. 

Par contre, d'un point de vue sportif, c'est pathétique. D'un point de vue commercial, c'est la minorité, les Coca-Cola, Panasonic et Visa de ce monde, qui sont gagnants. Je viens même d'écrire le nom de leur marque dans la phrase précédente. Pub gratuite!

Pour toutes les marques du monde qui n'ont pas payé les montants faramineux qui viennent avec le partenariat olympique, c'est l'enfer.

Exemple

En 2016, j'ai subit la règle 40. Travaillant pour un fournisseur officiel de vêtement d'une équipe cycliste olympique, moi et mon équipe avons été soumis à un processus d'environ 6 mois de surveillance sur l'application de la règle 40, le tout culminant avec le summum de l'interdiction: le mois des jeux lui-même. 

Toute publication mentionnant nos athlètes, sans utiliser les mots protégés par la règle 40, devait tout de même être approuvée par le comité olympique canadien. Ai-je besoin de vous expliquer comment c'est frustrant pour une entreprise qui supporte le sport, les valeurs qu'il véhicule et les individus qu'il forge, de ne pouvoir s'associer à ses athlètes pour la plus importante compétition qui existe?

Sérieusement, quelle bande d'hypocrite. Le mouvement olympique est-il devenu un monstre? S'approprier des noms de villes, de saisons, de valeurs sportives dans le contexte d'un événement? Tout ça pour protéger une marque de commerce?

Le comité international olympique poursuit sa tradition d'excès de compétence: Un organisme privé qui fait plier des gouvernements municipaux, provinciaux et nationaux, leur vendant le rêve de jeux à crédit que les citoyens paieront pendant 30 ans. Digne de la commission Charbonneau, mais avec des bâtons de hockey et des bikes au lieu de l'asphalte et des buildings .

La vérité, c'est que le CIO n'a aucune autorité pour appliquer de telles règles en dehors de ses événements et de son organisation. Il n'y a aucune convention internationale qui reconnait la charte olympique. Tout ce qui leur permet de faire ça, c'est la force de leur marque, la force du rêve, le fait que ceux qui ne respectent par les règles olympiques ne peuvent participer aux jeux.

Aujourd'hui, le CIO contrôle les médias, la planète sport et l'internet sans aucune juridiction qu'il n'ait pas inventée par lui-même.

Heureusement, le temps use les anneaux. Les candidatures des villes se font de plus en plus rares pour accueillir les jeux.  Les réseaux de télé se posent la question à chaque 2 ans avant de payer des milliards de dollars en droits télévisuels. On continue ou non?

Mais bientôt, ce seront les athlètes eux-mêmes, leur sponsors personnels et ceux de leur équipe nationale, qui en auront marre des jeux, de la dope, la règle 40 et tout le reste. Ça ne fait que commencer. 

Pourrait-on voir des athlètes ignorer les jeux? Verrons-nous des boycotts nouveaux genre, par les athlètes et non par les nations, pour des motifs forts différents de ceux du passé? Des experts prédisent que tout ceci s'en vient bien plus vite qu'on pense. À suivre.

Mais bon, les olympiques, c'est un maudit bon show de sport et j'ai hâte de voir ça... D'une certaine façon, c'est ça le problème.

Bon jeux...
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