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Gravel, 3 ans plus tard


Photo: Ralph Samson, Rasputitsa gravel road race
Et oui, on le dit tous. Moi je faisais ça bien avant que ce soit «inventé».

Aucune âme qui vive sur cette terre n'a inventé la gravel, matière datant au moins de l'âge de pierre.

Mais chez les cyclistes, nombreux sont ceux qui ont inventé la Gravel avant qu'elle ne soit inventée.

Plusieurs articles sur cette «nouvelle» façon de pédaler disent ceci: «Il y a quelques années, tout le monde roulait en vélo de route sur des chemins de gravier, seul ou en petit groupe. Maintenant, ils sont des centaines à le faire ensemble, le même jour, sur les mêmes routes, dans une ambiance folklorique et relaxe.» 

- Auteur inconnu, bon en Gravel, revue de bike de route qui veut se réinventer au PC, sûrement dans les 15 premières pages + la page couverture.

C'est ça, le phénomène Gravel

Moi aussi, dans mes années en Estrie, je faisais des 3-4-5 heures de vélo avec des pneus 25 mm increvables, roulant d'une route non pavée à l'autre, à la recherche d'action, de jambes qui chauffent et d'un Paris-Roubaix nord-américain qui n'existe pas.

Mais l'Amérique a bel et bien son phénomène Gravel et on le voit évoluer depuis 3-4 ans sur internet. J'y avais goûté il y a longtemps à Battenkill et j'ai trippé l'automne passée à la Classique des Appalaches, alors cette année, je fais mon suiveux et j'embarque dans le Gravel. 

Ce sport renaît de ses propres poussières. C'est l'héritage des quelque 40 premiers Tours de France et toutes ces autres courses non-asphaltées du début du 20e siècle qui font aujourd'hui partie de la légende du cyclisme.

Bref, toi, Gravel, si on t'avait pas, faudrait t'inventer, comme disait ma mère. 

C'est comme faire un nouveau Star Wars dans lequel un robot se sauve encore avec des plans secrets et qu'un personnage qui ne sait pas se battre apprend qu'il a du talent, trouve le robot et butte le méchant.

Ou un parc de dinosaures dans lequel les animaux pètent les clôtures et mangent les humains. Rien de nouveau ces temps-ci, mais ce sont tous de bons classiques que l'on aime revoir en version 2016.

J'étais donc au départ du Rasputista, championnat du monde de Gravel du Vermont, samedi dernier. 

Cette course est plutôt une épreuve de bouette que de gravel en temps normal. D'ailleurs, ce mot russe veut dire «saison de la bouette», une nuance entre l'hiver et le printemps qui jadis a beaucoup nuit aux invasions Napoléonienne et Hitlérienne en Russie. Mais cette année, il a peu neigé au Vermont. C'était clairement une course de Gravel qui serait rapide et j'allais être initié. 

Vélo de cyclocross, de route, de Gravel, de montagne ou même fatbike. Enfer du Nord pour les Américains, enfer du Sud pour les Canayens, peu importe, c'est un départ.

On m'avait dit qu'il y aurait 15 gars qui veulent gagner et que le reste des 650 participants sont des gens pas trop sérieux qui relèvent un défi. Pourtant, au départ, je me croyais à Contrecoeur, avec environ 150 gars affûtés et habillés en pro. 

Mais tous ceux du Québec, du moins, sont du monde reconnus comme chill, du monde de montagne et ceux de route qui aiment la bouette. On entend pas beaucoup de gens qui disent qu'ils ne sont pas en forme alors qu'ils se sont entraîné fort tout l'hiver et vont faire un top 10 à l'arrivée. L'ambiance est très cool et il y a pas de mensonges du début de saison. 

Ça reste une course et ça attaque de partout sur le gun en montant. Je suis hors course dès le premier kilomètre comme prévu. Je me fie sur les nombreuses heures de vélo faites à l'extérieur depuis janvier pour rouler constant du début à la fin. 

Pas facile ce Raspu, un genre de grand prix de Charlevoix sans asphalte où tu te dis «coudon viarge on fait-tu juste monter?!»

Quelle belle journée ce fut, avec un bon repas à l'arrivée et du monde smath de partout en Nouvelle-Angleterre, Ontario et Québec. Personne qui chiale quand tu prends tes relais (ou pas), des gangs qui s'arrêtent pour changer des flats tous ensemble et le reste du temps, du monde qui roulent à bloc, qui savent tous chauffer un bicycle à pédale et qui ne se prennent pas trop au sérieux.

Côté performance, j'avais encore de bonnes cartouches sur les 30 derniers kilomètres, faisant même le 18e meilleur temps sur la dernière montée de 4,7 km, Cyberia, si je me fie au Strava du gars qui a commencé et fini la montée avec moi. On en a dépassé du monde bien bunkés. Ce gars était en singlespeed. Je n'en reviens pas encore. Tout cela est bien beau mais je finis 73e à 26 minutes du premier hahaha. Way to go...

J'ai adoré ça et je ne regrette pas de m'être inscrit à plusieurs événements du genre cette année comme Paris to Ancaster dimanche prochain, le Vermont Overland en août et les 100 à B7, que je ferai enfin en octobre prochain, après 3 ans de «j'peux pas y aller mauzuce».

Entre temps, ce sera de la course sur route et j'ai hâte aussi. Mais disons que le Gravel... maudit que c'est rafraîchissant, différent, enivrant.

Maudit que j'étais rendu là.

Maudit que j'ai hâte à la semaine prochaine. 

Bonne route :D

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