Accéder au contenu principal

Championnat du monde Ironman 70.3

Photo: Jean-Christophe Lagacé, Équipe Merrell-Garneau
Comme disait Joe Dassin: «Tu sais, Mont-Tremblant n'a jamais été aussi beau que ce matin-là.»

Bon, il n'a pas exactement  dit ça, mais dimanche matin, c'était à peine plus frais qu'en juin, avec les nuages qui flottaient sur l'eau à quelques minutes du départ.

Comme d'habitude, un avion CF-18 est passé au-dessus du lac pour réveiller ceux qui dormaient encore en ce dimanche matin, à 8 heures.

«FRRRROUUUUUUUUUUUU.»

DEBOUT! C'EST LE CHAMPIONNAT DU MONDE!

Le papa de ce pilote ne lui jamais appris à ne pas réveiller les gens chez eux avant 9 heures la fin de semaine. Surtout pas en volant plus vite que le son.

N'empêche que c'est un maudit bon show!

Plus tard, c'était au tour des gars 25-29 ans de partir.

Je suis probablement le plus petit et le plus jeune des 182 participants de cette catégorie, mais je suis là, placé en arrière de ce groupe de chiens enragés prêts à sortir de la cage.

À une minute du départ, tout le monde est focus.

C'est alors qu'un hurluberlu tout seul en fond de grille se met à crier  «My pussy is so wet!! So wet!!».

Hum, dis-je, d'après-moi il a eu son spot au rolldown lui-aussi...

Au signal du départ, cet énergumène se met à crier au meurtre comme une fillette.

Comme nous avons les casques roses, le son parait encore plus aiguë.

Le Capitaine Pelle, qui m'a accompagné au 70.3 Calgary et qui a ramassé la dernière place disponible pour ce championnat du monde, profite du chaos pour crier «UN REQUIN!! UN REQUIN!!»

Est bonne, est bonne... Très drôle... Bon nageons donc un peu, tiens!

Le départ est beaucoup moins décourageant que l'an passé à Vegas. Il y a des gars qui partent vite devant, mais je suis dans un peloton quand même, et non tout seul en arrière, à nager avec un bras et demie.

Ça durera 500 mètres, après quoi je retrouve la solitude en plein lac Tremblant. Au moins, l'eau n'est pas salée.

Les meilleures filles de mon âge m'ont rattrapé à mi-chemin, me passant tel des speed boats contournant une épave à moitié échouée.

Bref, ça rappelle de bons souvenirs de mon premier 70.3, il y a quatre ans à Syracuse.

«Nous étions jeunes et insouciants»
Depuis, je m'y suis habitué, mais paraître aussi lent, c'est rare.

Et hop sur le vélo. Je vois rapidement que je ne battrai pas mon record sur ce parcours aujourd'hui, mais je ne me sens pas si mal non plus.

«Fait beau là!»
Le départ a été donné plus tard, le vent a eu le temps de se lever sur la route 117.

Le seul défaut du parcours du Mont-Tremblant est alors dévoilé au grand jour.

Ce parcours de vélo favorise toujours la création de pelotons de cyclistes.

L'an dernier, durant l'Ironman, j'ai été pris dans ces groupes, dont on ne peut s'affranchir et dont on ne veut pas faire partie.

Les seuls choix sont donc de «tirer» ce peloton ou de traîner en arrière, à quelques mètres de distance.

Mais pas trop proche, comme ces représentants de l'Empire galactique le font ici, par exemple:

Photo: Endurance conspiracy
Comme c'est le championnat du monde, tout le monde est fort, le parcours est trop roulant, c'est tentant de passer du côté obscur et il y a des pelotons partout!

Bien content de ne pas nager assez vite pour me joindre à cette fête digne du vélo de route, j'entendrai toutefois après la course de nombreuses critiques envers de certains membres de mon équipe qui, semble-t-il, profitaient aisément de la situation.

Moi, j'ai vu quatre choses:

1- Environ 98% des triathlètes portent des vêtements rouge-noir-blanc. Alors quand il y a un petit lutin bleu et vert à travers tout ça, on a tendance à plus le remarquer que les autres.

2- Mes coéquipiers n'ont pas fait des performances irrégulièrement rapides ce dimanche. C'est semblable à ce qu'ils font en temps normal. Quel avantage ont-ils donc tiré du fait qu'ils étaient pris dans des pelotons, à foutre les freins la moitié du temps, ou encore à tirer pour les autres?

3- Mes coéquipiers n'ont jamais pris de pénalité auparavant, pas plus que dimanche dernier, même si j'en conviens, il manquait d'officiels et surtout, de cartons rouges dans les airs.

4- Le drafting, c'est le problème de la WTC et de ses organisateurs de course, pas de l'équipe Merrell-Garneau. Ce dimanche, j'ai vu mon équipe être victime de ce problème comme la plupart des gens dans ces pelotons. Rien d'autre. Ces athlètes ont d'abord été choisis dans cette équipe pour leur éthique et l'image qu'ils donnent au sport. Cependant, la bonne volonté ne peut tout faire à elle seule et on l'a vu dimanche.

Fini les histoires de bicycle, c'est parti pour un petit jog de 21,1 km!

J'ai adoré la modification au parcours. Ils ont gardé le plus difficile et enlevé le plus plat, voire plate.

Deux fois 5 km aller et retour, ça veut aussi dire plus de passages devant les spectateurs dans le village alpin, gravi au complet cette fois.

Wow, je vais m'en rappeler toute ma vie. Un championnat du monde chez nous, avec plein de gens qui me connaissent et qui m'encouragent partout.

Photo: Anne-Sophie Maltais
En plus, je me sentais bien, malgré mon manque de forme. J'ai trop fêté ma qualification à cette course depuis un mois, mais au moins je ne courrais pas tel un bloc Lego comme l'an passé à Vegas.

C'était un honneur de me faire dépasser par tout le monde, même si je courrais à 4min15sec du km sur le plat durant la première heure.

Ça en prend, des derniers parmis les premiers. Cette saison, c'est comme ça et c'était une grosse commande juste d'en arriver là.

Je l'ai fait avec le sourire.

Maintenant, après deux championnats du monde Ironman 70.3, je suis bel et bien prêt à me consacrer entièrement à faire la seule course qui me tient à coeur, l'Ironman d'Hawaii.

J'ai réalisé, dimanche, que c'est tout ce qui m'importe vraiment, et qu'une seule année sabbatique à peser 10 livres de trop, c'est en masse.

Avant d'attaquer ce nouveau défi, je vais relaxer un peu, à commencer par des vacances en Californie dans une semaine.

Et pour être sûr d'être prêt pour l'an prochain, je vais commencer mes vacances avec... Ironman Lake Tahoe.

Une grosse journée de «formation», dimanche le 21 septembre prochain.

Désolé, je n'ai pas pu me retenir ;)

Commentaires

Anonyme a dit…
Bravo encore, tu m'épates avec tes performances!
Ta couze du nord qui aime te lire à défaut de te voir ;)
Nicole Lortie a dit…
BRAVO DAVID, AUTANT POUR TES EXPLOITS QUE POUR TON ÉCRITURE! C'EST INTELLIGENT ET RAFRAICHISSANT.

Posts les plus consultés de ce blog

Si je meurs frappé par une voiture

Ça y est, la neige est partie. Tous les cyclistes roulent dehors.
Dans mon esprit, une question presque morbide me revient maintenant à chaque printemps: Qui se fera tuer sur son vélo cette année?... 
La route appartient à tous et ces moments de liberté sont à nous. Svp ne nous en privez pas. Photo: Geoffroy Dussault
Si jamais je meurs frappé par une voiture, je serai une autre victime de l’inattention d’un conducteur, d’un texto ou même de l’alcool au volant. Ce sera peut-être en partie de ma faute, mais qui ne fait jamais d'erreur? En général, sur la route, les plus vulnérables n'ont pas droit à l'erreur.
Si jamais je meurs frappé par une voiture, dîtes-vous que c’était ma pire crainte, que j'y pensais à chaque jour. Mais il faut continuer à vivre, continuer à rouler.
Si jamais je meurs frappé par une voiture, dites-vous que j'ai pu voyagé un peu dans ma vie, que je considérais le Québec comme un endroit merdique pour pédaler. Nous côtoyons chaque jour des con…

Merci aux automobilistes

Je pense qu'on ne vous l'a jamais dit. 
Chaque jour du printemps, de l'été et de l'automne, nous sortons rouler. Vous êtes des milliers à nous contourner, à laisser 1, 2, 3 mètres de distance entre nous et votre voiture. 
Merci à la grande majorité des automobilistes qui nous permettent de pratiquer notre sport préféré en sécurité.
Dans un débat qui tourne en rond depuis des années entre les autos et les vélos, on oublie souvent que la plupart des automobilistes sont très courtois. Ils le font de bon coeur ou encore en pestant dans leur voiture contre les maudits bécyks. Mais ils ont assez de conscience sociale pour nous donner de l'espace, quelle que soit leur opinion sur le sujet.
MERCI
Je suis le premier à chialer contre les cyclistes imprudents quand j'embarque dans ma voiture. Pourtant, je passe des centaines d'heures sur mon vélo à chaque année depuis 15 ans. 
Chers collègues sur deux roues, vous remarquerez que les coups de klaxons, les frôlements d…

Si la route ne suffit plus

Nous vivons dans un monde moins périlleux qu'autrefois. Pour nous qui lisons ces lignes, plusieurs choses si précieuses il y a un siècle sont aujourd'hui acquises; avoir un travail valorisant, manger à sa faim, pratiquer des loisirs, etc.

Si bien qu'on s'invente parfois des problèmes. Les grandes maladies infectieuses du passé ont laissé place à la déprime, au syndrome du gazon plus vert chez le voisin. 
À quelque part, si la survie nous garde vivant, la facilité semble nous tuer.
Donc on se met dans la misère pour se sentir en vie. Côté vélo, même si on peut dire que la situation s'est améliorée depuis que les pays modernes ont commencé à asphalter les routes il y a des décennies, allez comprendre pourquoi on les fuit maintenant pour retourner rouler sur la gravelle. 
Tout s'explique. Combien de nos sorties de vélo furent sans histoire? On roule souvent les mêmes parcours, près de chez soi. Si beaux mais si prévisibles à la fois.
C'est pourquoi l'hiver…