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BRAVO!

David Veilleux s'est toujours amusé sur le vélo!
Nous sommes au Massif du Sud, à l'été 2003, pour une autre Coupe du Québec de vélo de montagne disputée dans la bouette.

J'ai dû finir 34e chez les minimes, comme d'habitude, mais c'était le fun quand même.

Je finis la course et ma mère n'arrête pas de me jaser, ce qu'elle n'a pas l'habitude de faire quand je finis une course, complètement brûlé et inattentif.

"J'ai rencontré un monsieur! Il me racontait que son fils est au sport-étude à Lévis! Si on les croise à nouveau, tu pourra lui demander comment ça se passe..."

J'entrais au sport-étude de la Polyvalente Arvida, à Jonquière, en septembre prochain, et c'était assez stressant merci pour le jeune cycliste que j'étais, à ma deuxième saison seulement.

5 minutes plus tard, les voilà! Ma mère me présente Alain Veilleux et son fils.

"Salut, moi c'est David."

"Salut, moi c'est David."

Tous en choeur: "HAHAHA"

David Veilleux vient de finir 3e chez les cadets à cette coupe du Québec. Toujours dans l'ombre des Raphaël Gagné, Éric Boily et Gabriel Jarry-Bolduc, il faisait partie d'une cohorte hyper talentueuse.

Pas trop de victoires, mais le jeune travaillait déjà dur.

On jasait de sport-étude. Il m'expliquait qu'il venait de s'équiper pour le vélo de route, qu'il avait fait une coupe du Québec déjà, avec des tops 10 à toutes les épreuves. WO!!

Il disait qu'il en ferait plus chez les juniors, l'an prochain.

C'est son coach, Francis Paradis, qui lui avait fait découvrir ce sport.

On jasait aussi transport. Je me demandais si 1h30 d'autobus n'était pas exagéré pour aller au sport-étude.

David, lui, prenait l'autobus de Cap-rouge à chaque matin jusqu'au traversier de Québec. Après un petit tour de bateau jusqu'à la rive sud, retour dans l'autobus jusqu'à la polyvalente de Lévis.

Ça a répondu à ma question. J'ai arrêté de me plaindre et j'ai pris l'autobus longtemps, durant 3 ans.

Pendant ces années, j'ai vu de loin la progression, impressionnante mais toujours constante, de David Veilleux.

À sa première année junior, j'entendais mes amis de vélo de route du sport-étude dire: "Ouais il y a ce gars, Veilleux, qui sort de nul part. Il est sur le podium à presque chaque course."

L'année d'après, il remporte le Tour de l'Abitibi, un exploit qui montre le potentiel d'un cycliste.

Ensuite les mondiaux juniors. Là, c'est l'élite mondiale. Il prend son trou comme bien des Québécois doués. Mais il reviendra.

Mais dès son arrivée chez les seniors, Il enligne les titres canadiens U23, parfois sur route, systématiquement au contre-la-montre.

Pendant ce temps, au Québec, plusieurs autres Québécois de talent hésitent à partir de la maison plus qu'un mois parce qu'ils vont s'ennuyer de leur blonde et de leurs parents. Ils se demandent pourquoi Veilleux court aux États...

À chaque année, il justifie cette décision et réalise au moins une grosse performance qui le démarque des autres.

2006: 5e des championnats canadiens élites à 18 ans, après une attaque solo en fin de course.

2007: 13e du CSC invitationnal, une course pro américaine difficile, qui fait partie de la Philly week.

2008: Gagnant de quelques gros critériums pros américains chaudement disputés.

2009: 10e des championnats du monde de contre-la-montre espoirs.

2010: Champion américain et canadien du critérium. Sur le podium du Nature Valley Grand prix, Tour of Elk Grove et Tour of Delta, de difficiles courses par étapes du calendrier pro américain.

2011: Arrivé en Europe, il remporte la Roue tourangelle après 3 mois sur le vieux continent. Il est membre de l'échappée sur Paris-Roubaix et finit 25e. Toute une capacité d'adaptation.

2012: Toujours en échappée sur Paris-Roubaix, David arrive en forme en juin, mais rate le Tour de France de peu. Il se découvre une capacité pour les courses par étapes. Ses victoires à la mi-août bretonne et aux Trois vallées Varésines sont plus qu'impressionnantes.

2013: Tiens, c'est là que les médias québécois s'intéressent vraiment à lui. Vous connaissez le reste de l'histoire.

Dix ans après cette rencontre au Massif du sud et quelques autres rencontres ici et là au fil des ans, je suis bien content pour David.

Il vient d'écrire sur Facebook qu'il a été choisi pour le Tour de France suite à ses performances de la dernière semaine.

Si son échappée du premier jour et sa quête du maillot jaune l'ont fait connaître et ont certainement assuré sa sélection, je retiendrai surtout l'étape de samedi comme une preuve de sa capacité à faire la course sur le prochain tour.

Lors de cette étape de haute montagne, il a pris l'échappée, a roulé corps et âme pour son équipier Pierre Roland, et ce après une semaine de course sur l'une des plus difficile épreuve en cyclisme, le sport le plus dur du monde, et de loin.

Moi et mes amis on peut vous le confirmer, on les a tous faits, les sports. Rien, en difficulté, ne s'approche d'une course par étapes en vélo, où le corps se dégrade à chaque jour.

C'est incroyable de voir un québécois, un vrai, pas un Français citoyen canadien qui fait une étape du tour en 1930, être au départ du Tour.

On a un autre Québécois, Dominique Rollin, qui a fait 75e du Tour d'Italie il y a 3 semaines, un exploit phénoménal. Rollin est devenu le premier Québécois à finir un grand tour, en Espagne, en septembre dernier.

Mais pour qu'on en parle, il fallait que ce soit le Tour de France, the big one. 

C'est comme si le Canada se qualifiait pour la Coupe du monde de Soccer. Ou qu'un Colombien jouait pour une équipe en finale de la Coupe Stanley. Je ne sais pas si vous réalisez vraiment...

J'ai écrit cet article il y a un an, lorsque David avait des chances d'être sélectionné pour le Tour 2012. Je voulais damer le pion à tous les grands médias qui pensent connaître le bike.

Ce matin, je n'ai eu qu'à ajouter ces quelques derniers paragraphes, mais il manquait toujours un titre.

Je ne sais pas quoi dire.

Bravo champion.

Commentaires

Diane Pageau a dit…
Quel bon article et bravo à David!
Lequel?
Pourquoi pas les deux!
En tout cas une chose est certaine tu es LE journaliste qui mériterait de couvrir le Tour de France!
Toujours un plaisir de te lire!

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