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Le fond et la forme


Samedi soir, je rentre de mon shift de jour au Siboire. Je suis vidé. Pas de vélo stationnaire ce soir.

Dimanche après-midi: Difficile de tenir 3:45 minutes du km sur 5 minutes, 2 fois. Pas normal.

Lundi matin: Mal de gorge pas très surprenant. Après 10 ans de compétition, on commence à tout savoir d'avance...

Ça y est, c'est décidé, j'annonce ma retraite sportive à tout le monde dans mon appartement.

Vous savez, les 2-3 semaines sans sport que les athlètes disciplinés prennent au moment prévu pour ça, genre mi-octobre.

Cette recette ne m'a jamais fait. Je fais toujours du sport car ça me tente presque tout le temps. Et quand ça ne me tente pas, j'en fait pas. Point.

Tout dépendant des saisons, ma retraite automnale change de durée.

2007: 0 jours
2008: 4 mois
2009:1 mois
2010: 2 mois

Peut-être pas la clef du succès, mais la clef de la longévité, du moins c'est ce que je me dis.

Donc, mardi soir:

Justin Hall: " Bon, t'as raté le training et une fille qu'on voulait te présenter, aussi".

C'est beau ça. Voilà deux mois que je suis le seul de ma gang au club de course. Ils commencent à venir se préparer pour le pentathlon et moi je suis déjà gazé.

De toute façon, c'est fini, je raccroche le temps qu'il faudra. J'en ai trop traîné, des rhumes durant 1 mois, au sport-étude, quand je n'arrêtais pas l'entraînement même si je vidais une boîte de mouchoirs par séance de rouleau. On voulait faire nos toughs.

Maintenant, la stratégie, c'est comme le Titanic quand il aperçoit l'iceberg: Arrêt, Marche-arrière et tourne à gauche. Si on le fait à temps, ça évite le naufrage.

Mercredi: 3e jour comme jeune retraité. Pas de natation ce matin, comme hier d'ailleurs.

Je suis en pleine forme déjà et je pratique mon exposé oral du fascinant cours de droit des autochtones, aussi appelé le "fail du bac", en raison de la peur suprême de ce nouvel examen que personne n'a jamais fait auparavant dans toute l'histoire des examens.

De retour à l'exposé. Dans le jugement Sparrow, voyons les deux critères de la justification d'une atteinte à un droit ancestral: sans trop de détails, le premier porte sur le fond et le second sur la forme.

C'EST ÇA.

Voilà donc le sport à son meilleur.

Dans une saison, on vise la Peak performance.

Outre une marque de manteaux de sport, ça se résume à être dans sa meilleure forme à la course la plus importante de l'année. Ça, c'est la forme. C'était le 24 août 2011, lorsque courir 40 minutes à 4 minutes/km était une activité sociale. 4 jours avant l'Ironman.

Et le fond, c'est maintenant. C'était dimanche et ensuite, j'ai pris ma retraite définitive du sport.

Jeudi: Debout à 10 heures. Ah! La vie de retraité, on es-tu ben?!

Je passe la journée sur tou.tv à rattraper 4 mois sans télévision. Lors du super cours de valeurs mobilières, de 7h à 10h du soir, mes jambes bougent toutes seules, je vibre. Je me sens tout mêlé. Plus capable d'écouter le prof, pas en mesure de suivre la game.

Ça y est, la maladie dont personne ne parle, dont je suis atteint et dont vous l'êtes probablement, refait surface. Ce goût de faire du sport sous peine de devenir agressif, irritable, un peu comme un junkie sans sa dose.

22h10: Je rentre dans l'appartement et j'annonce officiellement mon retour à la compétition. Ce sera au défi de raquette du Pentathlon des neiges, fin janvier. Méchant scoop.

En guise de reprise, un tour du lac des nations. Doucement.

Courir à 5 minutes/km pendant 40 minutes est désormais un sport épuisant.

On est le 24 novembre 2011. 3 mois, jour pour jour, après la forme, je touche le fond. Comme dans le jugement Sparrow, les deux critères sont essentiels pour la justification.

Bien sûr, tout cela était pour rire et démontre des signes de paranoïa, car on ne perd pas sa forme en 4 jours. Mais il n'en demeure pas moins qu'on se surprend à chaque année de voir à quel point on peut redevenir un sportif du dimanche en si peu de temps.

Cette petite montée qu'on escaladait en jasant est devenue un mur que l'on franchit sans pouvoir se payer le luxe de dire un mot.

Ça replace les valeurs, ça explique pourquoi il faut travailler dur, très dur, pour connaître le moindre succès. Ça démontre à quel point les dopés sont des tricheurs qu'il faut stigmatiser. Ça nous fait sentir en vie plus que jamais, ça nous rend fier de ce qu'on a accompli et ça donne le goût d'en accomplir encore plus, de remonter la pente tranquillement.

Ça fait partie du processus, et après tout, on l'aime bien, le processus.

Commentaires

Maxime Maltais a dit…
C bo Dave , imagine moi je suis retraité depuis le 28 août 2011 hahaha !
Sonia a dit…
C'est bon ça David! Moi j'ai pris ma retraite la semaine passée à cause d'une bronchite et j'ai fait mon retour hier sur le computrainer. Pas facile mais crime que ça fait du bien! Contente aussi de savoir que tu as rattrapé les 4 mois d'Occupation Double que t'as manqué. ;-)
David Maltais a dit…
oh non j'ai rien vu de tout ça! :D
Une fille qui a du potentiel a dit…
C'est pour quand l'article sur les rats?

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