Accéder au contenu principal

Jours 16 à 22: La traversée de Terre-Neuve

Jour 16: Port aux basques- 130 km plus loin. 130 km.

Après notre premier déjeuner chez Tim Hortons, épicerie pour 1 journée et kiosque touristique (enfin un qui est ouvert…), nous partons pour la grande aventure sauvage à 10h30.

Première pancarte: St-John's: 890 km. Oyoye. En attendant, ce paysage à la fois nordique, volcanique et océanique nous charme, d'autant plus que nous avons le vent dans le dos!!! :)

Le tout change après 30 km, alors que le vent devient 3/4 face et même de face à la fin. La vitesse à laquelle il nous frappe augmente également au fil du temps, mais rien d'extraordinaire.

Tout cela fait en sorte qu'on travaille fort et ça devient de plus en plus montagneux. Le décors n'est plus ce qu'il était. En atteignant notre kilométrage quotidien (130km x 7= env. 900 km), on coupe dans un chemin près d'une rivière.

Bain glacé et pâtes au milieu de nul part et on part pour la nuit. À côté de ça, le camping sauvage c'est fif.

1750 km, 82.5 heures.

"HOU, HI, HA!... C'est toujours comme ça. Et ensuite il y a les sauve qui peut et les hurlements."

- Ian Malcom, Jurassic park 2

Jour 17: Nul part-Deer lake. 140 km.

Ça s'est beaucoup refroidi cette nuit et on se grouille d'aller au resto pour se réchauffer. Ma gorge est un peu serrée...

Juste en se rendant déjeuner au prochain truck stop perdu, on voit tout ce qui composera cette terrible journée, la pire depuis notre départ.

-3 degrés avec facteur vent (d'une quarantaine de km/h), nuageux, faux-plats de 2 à 5 km sans arret et descentes a 35 km/h... parce que le vent nous souffle en pleine face. Du début a la fin!

Aucun texte ne peut exprimer combien cette journée a été longue.

Sinon, pas de pluie et des paysages assez jolis à partir de Corner Brook. WOW!

Pour se récompenser, un beau petit bed and breakfast et pizza géante et nutritive!

Dans cette journée où dame nature voulait vraiment avoir raison, on a tout fait pour simplement tenir l'allure d'un bon marathon. Malgré notre moral de champions, il faut l'avouer, on a touché le fond.

1890 km. 90 heures

"Accrochez-vous, ça va faire mal."

- Ian Malcom, Jurassic park 2.

Jour 18: Deer lake-South Brooks. 125 km.

Réveil brutal, départ lent, vent de face plus modéré mais toujours insistant. Aucun soleil (depuis New Glascow, Suzanne et Alex). Un peu moins de bosses aujourd'hui, mais un paysage mort, avec un restaurant et un camping durant 120 km pour finir dans un motel merdique, car il fait 0 toute la journée et la pluie commence à tomber.

On a bien roulé au lendemain du jour le plus long, mais on est loin d'avoir récupéré. Ce soir, on dort au point le plus au Nord du voyage.

2020 km. 95.5 heures.

"Et voila, ils repartent dans la jungle..."

Eddy Carr, Jurassic park 2

Jour 19: South Brooks- Grand Falls Windsor. 90 km.

Je me lève assez détruit et la pluie tombe dehors. Comme depuis notre arrivée ici, on a deux choix: on reste là, à ne rien faire, où on avance du mieux qu'on peut chaque jour et on quitte cet île au plus vite.

90 km vent de face, 3 degrés, complètement gelés, nous n'avons rien pu faire de plus aujourd'hui. Demain, ça s'annonce identique. Mais au moins, on est en vacances!

2110 km, 99 heures

"N'allez pas dans les hautes herbes!!"

-Gars qui se fait bouffer par un vélociraptor, Jurassic park 2

Jour 20: Grand falls Windsor- Gander. 100 km

Départ avec de la neige, vent de face et 0 degrés ce matin. Des côtes toute la journée.

La température montera jusqu'à 4 degrés, la neige deviendra pluie. Avec nos nouveaux gants de constructions de chez Wal-Mart, les mains sont OK mais les pieds sont gelés malgré deux couches imperméables et une couche thermale et ce, après 50 km.

Mais il faut continuer, il n'y a nul part où aller. Ici, il n'y a pas grand chose, même pas le droit d'abandonner.

Je suis déçu de mon attitude à chaque imprévu qui se dresse sur notre route. Bel exemple: après 10 km ce matin, nous étions déjà bien trempes et ma pédale droite s'est brisée en morceaux sans prévenir. Je me suis assis en boulle, je ne sais plus quoi faire et j'attendais après je ne sais quoi en tremblant.

Finalement, Maxime a eu un lift pour retourner à Grand Falls pour acheter des pédales à étrier qui me dépannerons jusqu'à St-John's.

Dans ces vraies journées d'aventure, je me rends compte que je ne suis vraiment pas à la hauteur des imprévus d'un tel voyage.

Pédaler des km à l'infini, ça va, je suis capable. J'avais embarqué dans cette traversée car c'était dans mon pays, chez moi, pas dans un désert perdu en Bolivie, dans la vraie merde. Mais je panique souvent quand même.

Je me dis qu'on aurait dû se rendre à Halifax. Cette traversée aurait été tout aussi enrichissante et remarquable.

Anyway, trop tard, sortons de cette île au plus vite, allons en vacances à BC et amusons-nous, comme nous le faisions avant Terre-neuve. Car cette semaine, ça n'a rien de cool sur le vélo. Le moral est bon avant et après les étapes, parce qu'on oublie, on coupe.

Sur le vélo, je continue, un peu honteux.

2210 km, 104 heures.

"C'est une très mauvaise idée dans la longue et triste histoire des mauvaises idées."

- Ian Malcom, Jurassic park 2

Jour 21: Gander-Clarenville. 145 km.

Commençons par la fin. J'ai eu mes notes et c'est ma meilleure session universitaire à vie. OUF, maintenant, je peux voyager en paix!

Comme les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules, je suis parti ce matin avec une nouvelle attitude de batailleur. La nuit a porté conseil avant de retourner dans ce cauchemar intemporel froid, pluvieux, venteux et montagneux qui semble sans issues: Terre-neuve. Je suis rendu fou.

La pluie nous a repris entre le km 30 et 70. On est encore tous sales et puants. À part ça, vent de face en cette journée ou l'on devait l'avoir plein dos et des côtes difficiles, par dizaine, sans arrêt. Un mauvais rêve dont on ne semble pas se réveiller.

Sauf qu'on ne gèle pas avec les 10 degrés en ce jour. Et de toute façon, nous sommes rendus insensibles. On se fou de tout, on rit de tout, on ne pense plus à tout ça. Complètement déconnectés, des machines automatisées, condamnées a pédaler, affranchies de la société. On l'aura voulu.

Ceux qui pensent, en lisant tout ça, que j'exagère, sachez tout de suite que je ne suis pas d'accord avec vous.

On s'attendait au pire, et ce fut pire que ça encore. On vous épargne plusieurs détails, vous ne lisez pas ce blogue pour y trouvez une complainte éternelle. Pour le reste, les photos sur notre page facebook parlerons d'elles-mêmes.

Mais comme le vélo est ma seule vraie passion, je vais passer au travers, non sans cicatrices, mais on va l'avoir.

En attendant, on pédale, seuls avec nous-même, durant 7 heures infernales encore aujourd'hui.

Et demain, notre folie atteindra son sommet jusqu'ici.

2355 km. 111 heures.

"Au cas ou ca arriverait, ils ont envoyé un plan de renfort... moi"

- Nick, Jurassic park 2

Jour 22: Clarenville-St-John's. 195 km.

Premier réveil avec cadran de tout le voyage. Pas trop brutal, normalement on dort 10 heures par nuit, toujours dans des lits différents. Mais on se sent chez nous partout, maintenant.

Départ à 8h30. La raison? Aujourd'hui, on file a Saint-John's, on arrive en 7 jours comme prévu, malgré tout, et on en fini avec Terre-neuve et tous ses aléas.

5 parcs de Laurentides consécutifs avec vent de face en plein mois d'octobre, c'est assez. Et la comparaison n'est pas exagérée du tout. Je la trouve même douce un peu.

Pour faire changement aujourd'hui; gros soleil et 10 degrés avec des beaux paysages toute la journée!!! :):)

La fille du depanneur: "Ouch!! What a cold day to be riding?!!"

David: "HAHHAHAHAHHAHAHAHHAHAHHAHAHHHAHAHHAHAHAHAHHAHAHAHAHHAHAHAHAHAHHAHAHAHHAHAH!!!!!!"

Comme dirait Bernard Vallet: "Ça veut bien dire ce que ça veut dire, Louis et Richard."

Après un impressionnant vent de dos qui nous a permis de se parader à haute vitesse durant les 2 premières heures à 25 km/h malgré les nombreuses montées, nous avons retrouvé ce méchant vent de face pour les 145 derniers km.

Au moins, on avait pas froid et il ne mouillait pas. On a donc travaillé ce vent durant près de 7 heures, tout simplement, avec un acharnement dont on ne se croyait pas capable.

Ce fut notre longue sortie de vélo à vie (en temps et non en km). 9h15 pour rallier la capitale, avec ces vélos de 60 livres, c'est long, trop long un peu pour moi. C’est presque un Ironman… merde l’été est pas fini haha.

Une fois au centre-ville, il était 8 heures, il faisait 0, on faisait de la boucane en respirant, les mains et les pieds bien au froid de nouveau.

De mon côté, voici mon bilan médical dont je n’ai pas encore parlé : j'ai une bonne toux, la gorge très enflée, le genou en feu (de retour après une semaine d'absence, par chance!), le mollet gauche assez magané, la nuque et le bas du dos raides. Même les tendons autour de mes coudes me font mal. La tête et l'esprit ont aussi besoin de repos.

Mon vélo a brisé à 1 km de l'auberge de jeunesse. Freins, Bottom bracket, pneus, roues, patte de dérailleur et chaîne sont tous en mauvais état.

Ce bike aura fait son travail jusqu'à la fin. Le repos est bien mérité. Les maritimes sont traversées en 22 jours. En temps sur la route, c'est 30 heures de plus qu'un Tour de France qui ont été bouclées en 3 semaines. Le grand test cyclotourisitique est passé.

2550 km. 120 km.

"Nous ne sommes pas seuls sur cet ïle..."

- Roland, Jurassic park 2

Commentaires

Diane a dit…
J'imagine que ces mots ne reflètent pas la totale de votre découragement et des efforts à faire.
Faut être fait forts!
Ne lâchez pas!
Martin a dit…
c'est beau les gars lâchez-pas vous ètes en train de faire ce que j'ai toujours rêvé....
Mais maintenant avec trois belle petite fille je ferai ça à ma retraite!!1

Martin Delisle
Mona a dit…
Bon, je savais par votre mère que le périple avait été difficile mais en le lisant, on constate encore plus.
Bravo - vous n'êtes pas des lâcheux et le reste devrait bien aller.
Vous allez vous en en souvenir de Terre-neuve!!
Bye et au plaisir de vous relire dans l'Ouest Canadien.xxx
Pedaling a dit…
Peut-être qu'un désert de Bolivie n'aurait pas été si pire que ça finalement.

C'est normal de se décourager par moment, mais ne soyez pas trop dure avec vous-même. Je sais que vous êtes à la hauteur car en fin de compte, c'est (surtout) dans la tête que ça se passe.

Connaissez-vous le site d'hébergement cycliste warmshowers.org? Profitez des ressources qui sont là pour vous!!!

Lucie

Posts les plus consultés de ce blog

Si je meurs frappé par une voiture

Ça y est, la neige est partie. Tous les cyclistes roulent dehors.
Dans mon esprit, une question presque morbide me revient maintenant à chaque printemps: Qui se fera tuer sur son vélo cette année?... 
La route appartient à tous et ces moments de liberté sont à nous. Svp ne nous en privez pas. Photo: Geoffroy Dussault
Si jamais je meurs frappé par une voiture, je serai une autre victime de l’inattention d’un conducteur, d’un texto ou même de l’alcool au volant. Ce sera peut-être en partie de ma faute, mais qui ne fait jamais d'erreur? En général, sur la route, les plus vulnérables n'ont pas droit à l'erreur.
Si jamais je meurs frappé par une voiture, dîtes-vous que c’était ma pire crainte, que j'y pensais à chaque jour. Mais il faut continuer à vivre, continuer à rouler.
Si jamais je meurs frappé par une voiture, dites-vous que j'ai pu voyagé un peu dans ma vie, que je considérais le Québec comme un endroit merdique pour pédaler. Nous côtoyons chaque jour des con…

Merci aux automobilistes

Je pense qu'on ne vous l'a jamais dit. 
Chaque jour du printemps, de l'été et de l'automne, nous sortons rouler. Vous êtes des milliers à nous contourner, à laisser 1, 2, 3 mètres de distance entre nous et votre voiture. 
Merci à la grande majorité des automobilistes qui nous permettent de pratiquer notre sport préféré en sécurité.
Dans un débat qui tourne en rond depuis des années entre les autos et les vélos, on oublie souvent que la plupart des automobilistes sont très courtois. Ils le font de bon coeur ou encore en pestant dans leur voiture contre les maudits bécyks. Mais ils ont assez de conscience sociale pour nous donner de l'espace, quelle que soit leur opinion sur le sujet.
MERCI
Je suis le premier à chialer contre les cyclistes imprudents quand j'embarque dans ma voiture. Pourtant, je passe des centaines d'heures sur mon vélo à chaque année depuis 15 ans. 
Chers collègues sur deux roues, vous remarquerez que les coups de klaxons, les frôlements d…

Le concours de graine

Et oui, c'est déjà le printemps et vous mourrez d'envie d'aller vous brûler les bronches en roulant avec vos amis, probablement à des vitesses moyennes plus élevées que dans un mois, quand vous vous serez calmé un peu.

La grande saison de l'affirmation cycliste est à nos portes. Pour l'occasion, l'éminent blogueur gris Mathieu Mathos le Baron Barre Tendre Bélanger-Barrette a préparé ce qui suit. Vous reconnaîtrez certainement votre groupe d'amis dans cet article style wikipedia definissant à merveille le concours de graine, version bike bien sûr.

Bonne lecture!
Le concours de graine
Par Mathieu Bélanger-Barrette
Définition: Compétition non-officielle consistant à démontrer qui est le meilleur durant une journée donnée.

Synonyme: Orgueil, Celui qui pisse le plus loin, Celui qui a les plus grosses couilles

Le concours de graine est une expression courante du vocabulaire sportif. Elle est spécifique au sexe masculin, non pas puisque réservée aux hommes, mais plu…