Accéder au contenu principal

Mon pentathlon des neiges 2011



Samedi :Une journée de super héros

Si vous cherchez comment compenser deux semaines d’avant mi-session plates à mort en moins d’une journée, le récit suivant pourra vous donner des idées.

Parti de Sherbrooke à 9h le matin avec le skieur étoile de l’équipe Siboire-Le coureur, Xavier Bouchard, on arrive sur la Grande Allée vers 11h30. À quelques deux kilomètres de l’Hôtel Concorde, on aperçoit trois hurluberlus en morphsuits roses sur le trottoir qui font des bebyes à tout le monde.

Sans aucun doute mes coéquipiers pour la journée! Je les rejoins rapidement, on me donne mon costume rose. Héhé, ça va être beau ça en becyk à pédales sur la Grande-Allée !

C’est le relais courte distance par équipe et je fais le vélo sur 9 km en remplacement de Laurent Dallaire. Je viens d’ailleurs d’apprendre que Laurent est en mononucléose. Ayoye, il faut que j’assure…

C’est parti pour deux tours d’échauffement sur le parcours de 3 km. Conclusion : dégonfle tes pneus parce qu’il y a de la glace, il fait environ -15 degrés avec facteur vent et c’est encore pire sur la petite boucle complètement à découvert sur le cap diamant.

Je décide quand même d’enlever l’une de mes paire des gants car je n’ai pas froid et ça m’aidera à mieux conduire le vélo sur les portions glacées.

Le départ de style « Le mans » est donné et j’embarque sur mon vélo en dixième position environ, voyant les premiers pas loin.

Je remonte rapidement dès que l’on quitte la grande-allée et je suis en tête à la sortie du premier tour, en roulant complètement à bloc, et personne n’a l’air d’avoir honte de se faire larguer par un gars en rose !

Je me détache et je roule à fond en solo au second tour, durant lequel je sens mes doigts se gonfler. J’aurais du garder mes gants, mais c’est trop tard : Passe la ligne au plus vite, donne ton relais et tu te réchauffera après!

Le troisième tour fut moins rapide, je devais regarder mes mains pour m’assurer qu’elles sont sur les freins avant les virages ou pour changer les vitesses, car je ne sens plus rien.

Je passe le relais après 21 minutes dans le cut-off, avec une avance d'un peu moins de deux minutes sur le deuxième cycliste et je passe au moins une minute en hyper-ventilation avant de rentrer dans la roulotte des participants pour dégeler mes mains.

Je m’attendais à passer un beau cinq minutes de douleur, de picotements, comme d’habitude, mais ça devient rapidement pire que ça. Je me met à paniquer car ça fait vraiment mal, et puis je cris comme un enfant, et puis les secouristes arrivent.

Je passe un bon 15-20 minutes à seulement espérer que ça arrête sans trop comprendre ce qui se passe autour de moi, les gens s’inquiètent beaucoup mais le pire est ensuite derrière moi. Je reste ensuite un bon demi-heure dans une doudou à boire du chocolat-chaud et à trembler. Les gars de l’équipe viennent me voir et me tiennent au courant du relais qui continue dehors.

La secouriste m’interdit de courir le lendemain étant donné la gravité de mon engelure. Fuck that. Le secouriste me demande pourquoi je n'ai pas arrêté quand je ne sentais plus mes doigts. Je lui ai dit que j'aimais mieux finir premier les mains gelées que sixième en sachant que j'aurais pu faire mieux. Il m'a dit que ça dépend du point de vue. Je suis d'accord...

Je rentre à l’hôtel et rejoint les gars avant le repas d’après-course. J’apprend qu’on a gagné et je suis bien content pour les boys, qui avaient un super beau projet qui fut donc un succès sur toute la ligne. Christian Lemelin, du magazine Sdvmag, nous invite ensuite à faire une entrevue que vous pouvez visionner ici.

Vint ensuite le repas, où l’on a beaucoup rit (les gars ne se prennent pas vraiment au sérieux hahaha), et le podium, sur lequel nous sommes montés avec nos morphsuits complets, c’est-à-dire avec la tête cachée.

Nous avons reçu toute une ovation, sans aucun doute l’équipe de la journée. Nous terminons donc premiers dans la catégorie open.

Bien que je n’étais qu’un remplaçant et que le calibre de mes adversaires cyclistes n’était pas vraiment considérable, j’étais très content de gagner une compétition, je pense que je n’avais rien gagné depuis 3-4 ans. Il faut dire que le fait de mener une course de vélo devant une aussi grosse foule est tout un feeling.

Ensuite, c’est déjà focus complet sur l’épreuve de demain. Le temps d’un souper en famille, je retourne à l’hôtel pour le meeting de l’équipe Siboire-Le coureur. C’est ensuite l’heure du dodo parce que demain, ça va être hardcore.

Dimanche : Le jour-sans

Debout à cinq heures du matin, je me sens d’attaque! Mes doigts sont encore très engourdis, mais j’aurai juste à mettre plus de gants.

J’arrive bientôt dans la zone de transition pour installer mes trucs alors que le soleil se lève sur les plaines d’Abraham. Tous les photographes du pentathlon ont manqué ça !

Tout se passe bien avant la course, je ne cours pas après ma queue comme l’an dernier, j’ai le temps de tout faire pour arriver prêt au départ.

Le départ est donné à 8h et je pars avec autant de motivation que la veille. À peine un tour de vélo est complété et je sais déjà que ça ne va vraiment pas bien, que les pulsations ne veulent pas monter, que je peux juste me promener en vélo.

C’est pas une raison pour pleurer, il y aura quatre autres sports, j’en ai pour longtemps, je peux me replacer. Il faut que je limite la casse pour l'instant.

Après une rapide transition pour la course à pied, je commence à courir mais vraiment lentement, comme si je pesais 400 livres. Me voilà qui me dis que ça arrive parfois en passant du vélo à la course. On a tous déjà vécu ça!

Sauf que ça ne s’améliore pas au fil des 6 kilomètres. Je cours à environ cinq minutes du kilomètre. Je sens l’absence d’énergie à chaque fois que je lève la jambe. Et c’est là que j’en vient à me demander qu’est-ce que je fais là. Pour la deuxième année en ligne, je suis dans le pit et je ne vais nulle part.

L’abandon arrive dans les pensées, mais j’en ai vu d’autres. Comme à chaque fois que ça tourne carré, il ne se passe pas une seconde avant que je pense aussitôt à la raison pour laquelle je fais d’abord du sport : faire de son mieux et même plus, peu importe les circonstances, ce qui amène le risque omniprésent de ne pas obtenir ce que l’on veut.

Il restait quelque chose à tirer de cette course et c’est avec cette pensée que j’entame le ski de fond. Dès le premier tour, je ressens quelques avertissements de crampes aux quadriceps. Ça s’en vient et il ne faut pas que ça arrive. P-O a du arrêter la course au ski l’an dernier pour cette raison et c’est facilement comprenable. Ces crampes ne pardonnent pas, c’est pourquoi je me laisse glisser, je fais des étirements tout en restant en course.

Je continue normallement ensuite tout en faisant bien attention de ne faire aucun effort court et intense (par exemple, pousser fort pour passer une petite montée) car ça pourrait être la fin.

J’arrive ensuite au patin après une autre bonne transition sans perte de temps. Sur une si petite distance au tour (500 m), c’est encore plus facile de se faire ratrapper et je vois jusqu’à quel point rien ne va. Je me fais doubler sans arrêt. Et là, c’est le dos qui chauffe, mais ça c’est pour tout le monde. Je complète donc mes 18 tours dans cette épreuve qui est la plus courte, mais qui m’a paru la plus longue.

Et hop dans les raquettes. Je ne suis toujours pas en mesure de pousser fort, de courir à la limite, mais à ce point de la course, le fait d’être encore capable de courir de façon modérée me fait remonter de quelques positions. Plusieurs concurrents sont à la marche, vidés, et moi je peux continuer. C’est peut-être le seul avantage de ne pas être capable de pousser la machine, elle casse moins vite!

Je passe la ligne en 2h34 minutes, une demi-heure derrière le vainqueur, content d’avoir terminé mon premier vrai pentathlon avec cinq épreuves, par une température et une ambiance beaucoup plus agréable que l’an dernier.

Dommage que les choses n’ait pas bien été pour moi, mais plusieurs autres équipiers de l’équipe Siboire-Le coureur s’en sont très bien tiré. P-O 6e et Phil 8e au défi solo longue distance. Lyne 2e chez les femmes dans la même épreuve.

Notre équipe 1 de relais termine 3e, alors que nos tandems féminins terminent premières et troisièmes. Sans compter notre équipe 2 de relais composée de serveurs qui ont tout donné et qui ont déjà pris de grosses résolutions pour l’année prochaine! :D

Si cette aventure à permis à plein de gens de notre gang de se motiver à bouger, à participer à des événements durant l’été aussi, l’objectif est déjà atteint, au-delà des médailles ou des déboires. Il y avait des sourires qui valaient de l'or après les courses!

La journée a mal tourné pour moi, mais ce n’était pas une raison pour bouder toute la soirée. De toute façon, tout le monde était fier de moi et se foutait pas mal de mon résultat. C’est juste pour mon égo compétitif que ça fait mal!

Comment expliquer ça aux gens ? Certains me disent que d'avoir couru la veille et de m'avoir gelé les doigts m'a trop tiré de jus. Je ne crois pas vraiment à ça, c'est des excuses de gars fru.

Les Américains disent «bad day at the office», les Québécois disent «une journée de marde». Mais quand je comptais ma course à notre raquetteur français, David Le Porho, il m’a demandé : « Au fond, tu as eu un jour-sans ? »

C’est en plein ça, un jour-sans.

La page est tournée. Le pentathlon commence à être ma bête noire et je continue de croire que je peux y performer bientôt. Et je ne repars pas les mains vides, suite à ce beau succès durant la journée de samedi!

Après une très grosse veillée dimanche soir, une longue route m’attendais pour me rendre à Oswego, New-York, pour une grosse semaine d’entraînement. J’y suis depuis lundi, et je vous reviens là-dessus bientôt.

Merci à tous pour votre support

Commentaires

Laurent a dit…
YO, Je veux juste dire que je n'ai pas la mono. C'est un mauvais diagnostic du médecin... Je suis prêt à pousser des watts!
Bravo Dave pour ta victoire!
Jul a dit…
Bientôt un super montage de ce projet en ligne. La terre va exploser

Posts les plus consultés de ce blog

Si je meurs frappé par une voiture

Ça y est, la neige est partie. Tous les cyclistes roulent dehors.
Dans mon esprit, une question presque morbide me revient maintenant à chaque printemps: Qui se fera tuer sur son vélo cette année?... 
La route appartient à tous et ces moments de liberté sont à nous. Svp ne nous en privez pas. Photo: Geoffroy Dussault
Si jamais je meurs frappé par une voiture, je serai une autre victime de l’inattention d’un conducteur, d’un texto ou même de l’alcool au volant. Ce sera peut-être en partie de ma faute, mais qui ne fait jamais d'erreur? En général, sur la route, les plus vulnérables n'ont pas droit à l'erreur.
Si jamais je meurs frappé par une voiture, dîtes-vous que c’était ma pire crainte, que j'y pensais à chaque jour. Mais il faut continuer à vivre, continuer à rouler.
Si jamais je meurs frappé par une voiture, dites-vous que j'ai pu voyagé un peu dans ma vie, que je considérais le Québec comme un endroit merdique pour pédaler. Nous côtoyons chaque jour des con…

Merci aux automobilistes

Je pense qu'on ne vous l'a jamais dit. 
Chaque jour du printemps, de l'été et de l'automne, nous sortons rouler. Vous êtes des milliers à nous contourner, à laisser 1, 2, 3 mètres de distance entre nous et votre voiture. 
Merci à la grande majorité des automobilistes qui nous permettent de pratiquer notre sport préféré en sécurité.
Dans un débat qui tourne en rond depuis des années entre les autos et les vélos, on oublie souvent que la plupart des automobilistes sont très courtois. Ils le font de bon coeur ou encore en pestant dans leur voiture contre les maudits bécyks. Mais ils ont assez de conscience sociale pour nous donner de l'espace, quelle que soit leur opinion sur le sujet.
MERCI
Je suis le premier à chialer contre les cyclistes imprudents quand j'embarque dans ma voiture. Pourtant, je passe des centaines d'heures sur mon vélo à chaque année depuis 15 ans. 
Chers collègues sur deux roues, vous remarquerez que les coups de klaxons, les frôlements d…

Si la route ne suffit plus

Nous vivons dans un monde moins périlleux qu'autrefois. Pour nous qui lisons ces lignes, plusieurs choses si précieuses il y a un siècle sont aujourd'hui acquises; avoir un travail valorisant, manger à sa faim, pratiquer des loisirs, etc.

Si bien qu'on s'invente parfois des problèmes. Les grandes maladies infectieuses du passé ont laissé place à la déprime, au syndrome du gazon plus vert chez le voisin. 
À quelque part, si la survie nous garde vivant, la facilité semble nous tuer.
Donc on se met dans la misère pour se sentir en vie. Côté vélo, même si on peut dire que la situation s'est améliorée depuis que les pays modernes ont commencé à asphalter les routes il y a des décennies, allez comprendre pourquoi on les fuit maintenant pour retourner rouler sur la gravelle. 
Tout s'explique. Combien de nos sorties de vélo furent sans histoire? On roule souvent les mêmes parcours, près de chez soi. Si beaux mais si prévisibles à la fois.
C'est pourquoi l'hiver…