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Boy racer: pour comprendre Mark Cavendish


On en connait déjà beaucoup sur le Cav'.

Ouais, drôle de surnom ça! Aussi étrange que Gavendish ou encore Macendish. Salut Bernard Vallet!!

Cycliste le plus victorieux chez les professionnels l'année dernière, reconnu pour son fameux "double kick" au sprint, détesté par la majorité des fans et des coureurs du peloton pour son comportement souvent déficient et ses déclarations très choquantes. Un véritable prodige de sa génération qui donne l'impression d'être un pirate qui tire partout sans réfléchir, tout en touchant la cible à chaque fois...

Bref, un drôle de moineau auquel je me suis intéressé en lisant son autobiographie, Boy racer. Coureur de charpente comparable à la mienne, aussi inapte à grimper avec les meilleurs qu'efficace au niveau de la pointe de vitesse (à des niveaux différents et avec un taux de réussite supérieure dans son cas, bien sûr!).

350 pages plus tard, je dois avouer que le Kid n'est pas vraiment ce qu'on imagine. 

Les médias disent que Cavendish a passé sa jeunesse dans un vélodrome, à prendre de la vitesse. Ils disent qu'il vient de la piste. Partiellement vrai. Il s'avère plutôt être un adepte de l'entraînement à l'ancienne: faire des 5h tout le temps et des courses de route durant toute sa jeunesse. 

N'ayant rien à foutre de l'école, il préférait rouler encore et encore.

Staying at School was, as far as I was concerned, a waste of time, especially the ten and a half month of the year that weren't summer holidays. "Holidays" isn't how other people would describe a strict regimen of six hours on a bike every day, but to me those were pure, unvarnished fun. 

One of the questions you're often asked as a professionnal sportsman is wheter you feel you've "missed out" on being a student. Boozing, drug-taking, living in a crappy single room in a tower they call "residence"- I don't exactly know what it is that I'm supposed to have "missed out" on, but that's what everyone seems to think.

Décidé, le ptit gars. Pas surprenant qu'à peine deux semaines après avoir connu l'éventuelle femme de sa vie, Melissa, à 15 ans, il a bien averti cette dernière qu'il serait cycliste pro et qu'il serait souvent parti en voyage!

Ayant travaillé comme caissier dans une banque à 17 et 18 ans, ne voyant pas l'intérêt d'être un bon junior, ce n'est qu'après cette période qu'il a débuté son vrai apprentissage de la piste en entrant à l'Academie de cyclisme britannique, un nouveau programme pour gagner beaucoup de médailles. 

En cyclisme, beaucoup de médailles= piste. C'était donc l'objectif du programme: tourner en rond! En 18 mois, il est devenu champion du monde du Madison (2005) tout en continuant de courir sur route, bientôt avec la Continentale allemande Sparkasse.

Se considérant souvent comme moins doué physiquement que les autres, le Cav' ne perdait pas de vue son objectif ultime: être pro. Sauf que le jeune n'était pas trop du genre à se peser tous les matins. Mangeur de biscuits compulsif à la moindre perte de motivation et très peu partisan des tests de PAM, il ne s'est pas trop fait aimé par ceux qu'il appelle les "entraîneurs-scientifiques". 

À la fédération Britannique, il avait une dent particulière contre le coach Simon Jones, grand adepte des Watts (numbers) et autres données de performances quantifiables. Opposés philosophiquement, les deux hommes en sont venus aux gros mots plusieurs fois. Cavendish, éternel baveux, est d'ailleurs bien fier de se déclarer le grand responsable des succès de l'équipe britannique de poursuite à Beijing suite à ces discussions.

"Look Simon, all you need is four guys to go fast. At the minute, you're trying to create diesel engines. you need sprinters, you need your guys to go OVERSPEED". (...) A year and a half after Simon Jones left the federation, the poursuit team did a massive ten second faster  than in Russia the year before. The reason was a secret ingredient which no computer or device could mesure: passion. Passion was what separated me and dozens of much more talented lads whom I was beating and would continue to beat. The second lesson was even more fundamental: while it was essential to be self-critical, self-doubt was synonymous with self-poison.

David Millar: "Cav', you got this big engine and you want to be pro next year, but you don't eat like a pro, don't act like a pro, you don't train like a pro. You've got to help yourself."

Simon Jones: "So Cav', what do you want from cycling?"

"I wan't to be pro, win stages at the Tour and be World champion"

"Well, you're not hitting the numbers for that..."

"Always fucking hitting the numbers, it's more than a mantra, it's in every sentence!!!"

Le gars avait sa manière. Arrivé pro chez T-Mobile en 2007, il a finalement décidé de faire comme les autres. Résultat: il a fini brûlé-raide en un mois. Retourné aux vieilles habitudes, il s'est mis à gagner pour ensuite ne plus arrêter.

À travers cet ouvrage, on découvre un peu mieux l'univers d'un sprinteur du Tour de France, jusqu'à quel point "son Tour" est différent de celui qu'on voit au petit écran, dans la montagne.

People think sprinters coast through every stage then, on a few, selected, relatively flat days, mosey up to the front of the field in the last km and actually have to try for about 200 m. They don't realise that on these days, when climbers and all-rounders are actually really coasting, my stress levels are sky-high for the last 50 km, I'm putting 1400 watts in the last 300 m, and doing 700 watts for the last three km, which is like riding and individual poursuit  on the track after 200 km on the road. That's a flat day.

On a medium or rolling day,there's always a chance for a sprint, so I'm constantly fighting to stay on the front and make it over the climbs, all day long. On a mountain day, I'm so ill-suited for climbing that I'm even struggling to stay in the gruppetto. That's why most pros don't envy sprinters!

I inherited my physique from my mom's side of the family. The short, muscular legs, the ample backside. Sorry mum, you know what I mean.

Un talent moyen pour passer pro selon lui, mais une grosse tête, certes. Tellement que Mark Cavendish s'est fait beaucoup d'ennemis au fil de sa vie et donc, au fil des pages de son livre. Ses critiques envers la fédération britannique suite aux jeux de Pékin, où il fut le seul pistard de son pays à rentrer sans médaille, en sont un bel exemple.

Il n'est pas tendre envers les dopés non plus, en ayant une dent particulière contre Ricardo Ricco pendant au moins 50 pages, tout en regrettant amèrement que son ancien équipier Patrick Sinkewitz ait égoïstement tout déballé au sujet de la dope.

He wasn't thinking of the consequences, of how he was single-handedly endangering the job of dozens of people, riders, mechanics, soigneurs and all the staff, just to get his ban reduced from two years to one. It seemed to me that he felt himself to be martyr sacrificing himself on the altar of his sport. There was just one big problem with all that: Patrick, you took drug and we didn't.

Pour le reste, des grands discours contre le dopage à la Lance Armstrong, cependant beaucoup plus crédibles et posés.

Sauf que le meilleur dans tout ça, ça reste les histoires de courses, les grandes victoires, comme sa plus spectaculaire, à Milan-San Remo, en toute dernière page du livre.

Comon' Cav', you can fucking win this, you can fucking win this. At 20 meters to go, my front wheel's level with Haussler's back one; at 15 it's level with his tights; at 10 it's his shin; at 5 it's his front wheel; it's still the same at 1 meter. 

We both lunge over the line, not knowing who's won. A big silence, ended by Haussler's cry. An anguished cry. Not the cry of a man who's just won Milan-San Remo.

The best ten seconds of my life, the last ten.
À chaque fois, l'excitation est à sa comble et je me pliait en boule en lisant toutes ces fins de courses incroyables dans l'univers impitoyable du sprint. Un livre à lire assurément, pour mieux comprendre le personnage. C'est bien écrit, très humain, vulgaire lorsqu'il le faut. 

Un vrai témoignage d'un vrai ahtlète qui s'est surpassé toute sa vie et qui a compris beaucoup de choses par lui-même. Un bonhomme qui aime avoir raison, mais il faut dire que ça lui va bien, surtout après sa première victoire d'étape sur le Tour, où il prend un malin plaisir à se rappeler une vieille discussion.

"I want to be pro, win stages at the Tour, and be world champion."

"Stages of the Tour de France?! You?! Fat boy? With those numbers??"

"Yeah, that's right"...

Commentaires

bikebloggers.com a dit…
convaincant !!
je vais l'acheter et le lire en mangeant mes biscuits

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