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Triathlon: 2 ans plus tard


C'est le 19 septembre 2010 que j'ai disputé mon premier triathlon, à Syracuse, au terme d'une saison d'abord dédiée au vélo.

Photo: Pierre-Alexandre Bouchard
Ça fait donc deux ans, jour pour jour. Un bon moment pour dresser un bilan du chemin accompli, même je peux dire qu'avec mon voyage en 2011, je n'ai qu'une saison de triathlon à mon actif.

Une fois la ligne passée à Syracuse, j'avais le goût d'essayer un Ironman. Ayant terminé 16e chez les 18-24 ans à cet occasion, jamais je n'aurais pu imaginer qu'un jour, je monterais sur le podium de ces difficiles compétitions.

Peut-être que je me fixe des limites assez facilement. Il n'en demeure pas moins que mon éthique de travail a pris une méchante coche pour cette saison 2012. 

La détermination qui m'habitait sur le vélo lors de mes années cadet-junior, combinée à la motivation illimitée pour devenir un meilleur nageur et coureur ont fait de moi un athlète beaucoup complet qu'auparavant.

On parle seulement de l'aspect physique. Côté mental, le fait de courir en catégorie d'âge, et non chez les élites comme en vélo, m'a permis de retrouver un peu de confiance dans le sport. Le fait de pratiquer ce sport multidisciplinaire et imprévisible permet aussi de croire à la victoire jusqu'à la toute fin.

Côté bouffe, je contrôle de mieux en mieux mon statut de "bibitte à sucre", ce qui n'a que des effets positifs sur la performance.

Tout cela m'a mené jusqu'au Ironman Louisville, le 26 août dernier, mon premier essai avec une préparation adéquate sur la mythique distance de fer.

Le déroulement de cette épreuve, je vous l'ai déjà décrit, tout comme mes réactions "à chaud" sur cette journée alors qu'elle se terminait à peine. 

Maintenant, avec un peu de recul, j'ai été en mesure de mesurer cette performance, pour le meilleur et pour le pire.

Le mot "performance" n'est pas utilisé en vain ici. Mon coach Jude nous a toujours appris qu'en sport, il y a les objectifs de performance et les objectifs de résultats. 

C'est justement ce qu'il y a d'ambiguë avec ce dernier Ironman: l'objectif de résultat fut presque atteint et  je suis carrément passé à côté de l'objectif de performance. 

En terminant 3e de ma catégorie, je suis passé par toute la gamme des félicitations depuis 3 semaines. 

À bien y penser, c'est bien normal. Je n'aurais jamais cru cela possible moi-même il n'y a pas si longtemps. L'Ironman est un événement d'une classe à part. Y faire un podium n'est pas rien et je suis assez fier. 

Mais comment être vraiment satisfait de ce bon résultat qui est si loin de la performance espérée. Dans ma tête, je pensais nager 1h10, pédaler 4h55 et courir 3h30 à Louisville. Avec les données recueillis en entraînement cet été, je pouvais l'espérer si l'épreuve se déroulait rondement pour moi.

Mon expérience de 2011 m'avait préparé au fait que tout ne se passe pas toujours comme prévu. Et lorsque les ennuis sont survenus (1- en voyant mon temps en sortant de l'eau, 2- sur la totalité du vélo, 3- après 25 km de course à pied), j'ai su garder la tête froide et ne pas faire de conneries. J'ai exploité toutes mes ressources et même beaucoup plus.

Sauf que dans ma tête, si je dépassais 10 heures à Louisville, je serais amèrement déçu. Oui, j'ai fait le podium, je rate Hawaii de peu, j'ai atteint un cap dans ma progression, mais pour le moment, la déception prend le dessus. 

Bref, il y a eu des moments compliqués, mais ça s'est passé assez rondement malgré tout, sauf que je me pensais bien plus rapide que ça.

J'ai entendu les 100 mots de réconfort: 

"Tu es encore jeune", par des gens qui ont fait beaucoup mieux que moi au même âge.

"Juste de finir un Ironman c'est incroyable", par des personnes normales et équilibrées

"Tu travaille dans un bar, donne-toi une chance", par les clients du bar

"Moi je serais encore dans le fond de la rivière", par une personne drôle

Etc. Je ne suis pas fâché mais je ne suis pas du genre à me trouver des excuses de ce genre. Tout le monde qui pratique ce sport de façon amateur a une vie  hyper-compliquée et fait de son mieux pour atteindre des standards de performance impressionnants malgré plusieurs paramètres jouant contre eux. 

J'ai aussi entendu: "Tu dois quand même être assez déçu", par des gens qui m'ont beaucoup côtoyé cet été.

La vérité, c'est qu'il n'y a pas d'excuses. Pour la première depuis que je fais du sport, j'ai joué le jeu à fond, mettant un maximum d'oeufs dans le même panier durant 8 mois pour finalement passer juste à côté. Le but de cette campagne était d'aller au Ironman d'Hawaii, pour disputer une fois dans ma vie l'épreuve d'endurance d'une journée la plus difficile au monde. C'était ma dernière chance réaliste avant d'y arriver à la trentaine. Mais si on est pas prêt à perdre, alors il ne faut pas jouer.

Et là, c'est le petit bout où je broies du noir un peu.

Du jour au lendemain, je me retrouve avec toutes mes économies de la dernière années disparues dans une déception majeure, un été avec famille et amis qui n'a jamais eu lieu et je regarderai l'Ironman d'Hawaii dans mon salon pour le cinquième automne consécutif alors que tout le monde sauf moi sera là-bas à faire la course.

Je sais que c'est super négatif, mais ce blogue existe un peu pour découvrir les hauts et les bas du sportif amateur. Que ce soit la bonne façon de voir les choses ou non, c'est ce qui me traverse l'esprit depuis 3 semaines.

Toutefois, je suis très conscient que cette fin de saison aigre-douce n'enlève rien à une très belle saison de sport. Après un pentathlon des neiges très décevant, j'ai connu la course de ma vie à Mont-Tremblant avant de gagner mon premier triathlon à Magog, mon premier 10 km à Sherbrooke en plus de faire partie de l'équipe gagnante du championnat des mardis cyclistes de Lachine. OUF!

Donc, même si je tenais à revenir sur ma vision des choses après Louisville, je peux vous dire qu'après 5 ans de vélo de montagne et 5 ans de vélo de route, je suis bien heureux de mon nouveau sport et que j'y vois un futur intéressant et amusant pour moi. 

Ce sport permet de ne jamais être blasé de rien tellement il y a de choses à améliorer. De plus, ça me donne de nouveaux défis, ce que je n'avais plus en vélo de route, où ma participation aux vraies courses difficiles semble être limitée par mes choix de vie et mon potentiel physique.

Sauf que j'ai revu mes objectifs à la baisse un peu en triathlon. Je me suis rendu compte que j'avais plus de travail à faire que je ne le croyais pour un jour participer au championnat du monde d'Ironman, un rêve qui date de l'âge de 10-12 ans que je considère toujours à ma portée. Après tout, je n'ai jamais été aussi proche. Pour l'instant toutefois, l'objectif ultime est de passer l'examen de l'école du Barreau du Québec, en avril prochain. 

Je m'en tiendrai donc à un régime d'entraînement léger jusqu'en mai prochain et je me suis inscrit au Ironman de Mont-Tremblant, le 18 août prochain, question de retrouver la forme et prendre de l'expérience physique et tactique pour la prochaine grande tentative de qualification dans quelques années. 

Ce sera certes ma dernière année chez les 18-24 ans, mais je ne me fixe pas autant d'attentes cette fois, car je n'aurai pas la chance d'avoir une préparation aussi adéquate que cette année. Ça sera pour le plaisir de la chose, et je vous assure que oui, c'est super de faire un Ironman et surtout de se préparer à le faire.

Mais maintenant, tous mes oeufs sont dans un autre panier, celui pour devenir avocat. 

Cheers à ma plus belle saison de sport!

Photo: Vincent Drouin-Velogazette.ca


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