Je suis Gris pâle

Le Team Gris ne s'attendait à avoir des collaborateurs au blog aussi rapidement. Tant mieux!

Aujourd'hui, nous vous présentons un grand symphatisant du Team Gris. Comme dans les motards, on peut dire qu'il y a des full patchs, des hangarounds, des prospects, sympathisants etc. 

Mathieu Bélanger-Barrette, plus connu sous le nom de Mathos, amateur de barres tendres, spécialiste du mountain bike et des robots, nous présente sa nuance grise préférée, celle de l'athlète élite qui recherche à la fois la performance, l'improvisation et le gros fun.

Je suis Gris pâle

Par Mathieu Bélanger-Barrette

Pour être honnête, je suis gris-curieux. Au fond de moi, j’ai le goût de courser et de regarder mes watts mais parfois, je me surprends à traverser la clôture et rouler pour une durée indéfinie en ne respectant aucune zone d'effort, n'ayant aucune idée si ce que je fais est bon ou mauvais pour ma forme et honnêtement, je m’en fou.

Je compétitionne en vélo de montagne (VTT) au niveau élite depuis plus de 10 ans. Durant toutes ces années, j’ai vu beaucoup de monde entrer et sortir du sport. Certain vont vers d’autres disciplines, d’autres trouvent un emploi et se ‘’casent’’. 

Plusieurs ne font plus de vélo, d’autres à l’occasion et certains ont toujours le goût de se mettre à bloc. À chaque fois que je vois quelqu’un s’éloigner du sport, du moins de la compétition, je me demande aussi pourquoi je continue à faire des courses. 

Est-ce simplement de l’égo? Est-ce que j’ai vraiment un but dans tout ce processus? Est-ce que je suis capable de pisser plus loin que les gars avec qui je vais rouler? Le réponse est que j’ai besoin du sport, c’est ma drogue.


Coupe Canada BSP 2017. Photo: Caroline Gauthier


‘’Je suis toxicomane’’ - Mathos Barretendre

Plusieurs études démontrent que le sport, c’est le fun. Il y a quelque chose de physiologique la dedans: je suis rendue toxicomane à l’endorphine. Je m’en rends compte quand j’entre en désintoxe, aussi appelée période de repos. Je suis irritable, j’ai le sommeil difficile, je suis fatigué, j’ai des goûts différents et surtout, je n’ai envie de rien faire. 

C'est totalement l’opposé de ce que monsieur madame tout le monde pourrait croire. En effet, combien de fois je me suis fait dire: ‘’Tu en fais trop!’’, ‘’Tu es un malade!’’ ‘’Comment tu fais?’’. La réalité est que ce n’est pas difficile pour moi d’avoir une discipline d'entraînement ou de me lever à 5h du matin pour aller rouler 2h avant le travail. C’est en fait l’inverse qui me rend fou. La carence d’endorphine, d'adrénaline ou d’acide lactique me fait réaliser à quel point je suis rendu dépendant. 

Au début c’était une petite ride par semaine avec la gang, puis je roulais seul les soirs de semaine. Ensuite je me suis mis à m'entraîner tous les jours et maintenant c’est impossible de manquer une journée parfois c’est même 2 fois par jours… une vraie dépendance quoi! :P

C’est cette dépendance qui me garde dans la course. Cette dépendance au ‘‘runner’s high’’, aux histoires de courses, aux péripéties qui se produisent lorsque nous sommes dans l’arène. C’est ma toxicomanie qui me fait dépenser une quantité beaucoup trop important d’argent pour aller faire des courses qui m’apportent rien d’autre que de la satisfaction personnelle et de bons souvenirs. 

Petite bière après la première course de CX; Lévis Septembre 2017: Photo PL Silva

C’est probablement la raison pourquoi je suis gris-curieux. J’aime consacrer du temps à ‘’être en forme’’, faire des courses entre 2 banderoles, mais d’un autre côté, je sens que je manque quelque chose, je sens que je manque des activités ou tout simplement des rides entre amis pour la simple et unique raison que je veux consommer autant que je suis capable. 

Par contre, arrive un temps ou je dois prendre un pas en arrière, regarder ma consommation et me rendre compte que c’est malsain et que je dois rétablir l’équilibre en allant me donner une bonne rince avec mes pots ou en prenant un ptit verre de gin.

‘’Un p’tit verre ne ferait pas de tord, One little drink wouldn’t do any harm’’ - The Sainte Catherines

Et c’est à ce moment que je me rends compte qu'être Gris c’est cool. Être Gris c’est de rendre les moments fluos (non-gris) plus agréables. Être Gris c’est dormir en camping et se faire à déjeuner dans le coffre du char avant le départ d’une course. Être Gris c’est aller rouler en vélo de montagne avant de faire une course de cyclocross pour la simple et unique raison que je veux rentabiliser mon investissement en gaz. Être Gris c’est se rendre à la course en bike!



Avant le départ de mon premier marathon à San Francisco, Novembre 2017

Être Gris ca ne signifie pas de refuser le marketing ou les commanditaires. C’est plutôt d’apprécier ce qui nous est fourni et en profiter pour avoir une expérience positive. En effet, je ne suis pas ‘’contre’’ avoir des commanditaires ou avoir une équipe qui me supporte. En fait, j’en suis vraiment reconnaissant et je comprends que ces commanditaires sont là pour que j’aies une expérience agréable et positive sur chaque course/ride/aventure et que j’en retire le maximum. 



Entre 2 locations d’auto à Kelowna,BC. La totalité de mes avoirs pour plus d’un mois de voyagement incluant 2 stage race (BC Bike Race & ST6)

Être Gris, c’est reconnaître qu’on vit dans un monde mené par l’argent et la vente de bike. Il faut l'accepter et transformer cette perception à connotation négative en une expérience positive. Être Gris, ce n’est pas juste porter des vêtements gris. Être Gris c’est une philosophie. 

Bref, ne vous en faites pas pour moi, je contrôle assez bien ma dépendance. Pour ce qui est de l’influence grise, je la traîne toujours avec moi, n’hésitant jamais à l’utiliser même dans les situations les plus sérieuses. Ça m’aide à décompresser et à réaliser que c’est juste un jeu auquel on joue, avec des vélos qui valent vraiment chers. 

Lorsque le jeu sera terminé, il y aura d’autre chose, peut-être pas aussi le fun, mais j'vais essayer fort.

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