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Je suis 100% grise et je l’ai toujours été

À la question "Est-ce que le Team Gris, c'est juste du bike?", je réponds: Bin non!

Notre amie coureuse des bois Sarah Bergeron-Larouche, athlète féminine de l'année du magazine Distance +, a donc pondu ce qui suit. 

Un aspect particulièrement intéressant ressort dans ces lignes: l'influence des parents lorsqu'on est plus jeune; la pression qu'ils peuvent nous mettre sans s'en rende compte, sans le vouloir...

J'ai eu la chance de ne pas vivre ça non plus, mais honnêtement, on en a tous été témoins souvent. Les jeunes sont amplement capables de se mettre trop de pression par eux-mêmes. Bonne lecture!

Je suis 100% grise et je l’ai toujours été

Par Sarah Bergeron-Larouche

En bike avec un casque de skate, pourquoi pas!

Sans connaître le terme Team Gris à la base, j’y ai adhéré malgré moi dès le début. 

Je fais partis de ceux et celles qui ont commencé le sport d’endurance à un âge tardif. J’ai d’abord skié avec des skis de roches, couru avec des souliers percés, participé à des compétitions avec des « suits » que mon premier coach me « refillait ».

Mes premières expériences en course de ski de fond, 2008
Je me considère choyée d’avoir suivi ce parcours, car j’ai grandi dans le sport comme une no name, sans pression parentale, par pure désir personnel de dépassement, de découvrir de nouveaux sentiers, de nouvelles rencontres sportives, etc.

Calculer les calories “in and out”, prendre mon pouls au repos, me peser à chaque jour, courir à un “pace” précis avec des fréquences cardiaques précises, faire des tours de quartiers parce qu’il reste 654m à ma sortie prévue, bref essayer de contrôler tous les petits détails, ça me déplait. 

 Si je suivais cette routine, j’en oublierais la raison pour laquelle je cours vraiment. En fait, j’ai connu une période à l’adolescence où j’ai voulu tout contrôler. Prise par le perfectionnisme, je me suis rendue malade. J’ai su me débarasser de cette emprise sur moi-même en adoptant une attitude Grise et ce, même avant mon entrée dans le monde du sport d’endurance. Libérée de cette obsession, je ne laisserai pas le sport éteindre la raison du Gris!

Eeh oui, pourquoi je cours déjà ?

À la base, nous étions des chasseurs-cueilleurs, des bipèdes, faits pour courir sur de longues distances afin d'épuiser nos proies, qui elles sont des sprinteurs (je suis tout de même végétarienne!). Il y a dans la course quelque chose d’exceptionnel qui nous ramène à notre instinct naturel. 

Après une journée remplie de stress civil, il n'y a rien de mieux pour moi que d’aller courir pour reprendre mes énergies à la source. Particulièrement lorsque c’est dans les sentiers.

Mais encore, je cours surtout pour l’endorphine; la confiance en soi; la force; le goût du dépassement; la persévérance; la satisfaction. Et tout ça est à son meilleur lorsqu’on participe à des compétitions.

Oui, je suis droguée, maman tu as raison. Mais c’est une bonne drogue, je ne prends pas de médicaments analgésiques, d’antidépresseurs, de somnifères, anti-inflammatoires. L’endorphine est ma drogue naturelle qui me procure tout le bien-être, ma santé comme je la conçois.

J’ai un fond anxieux et de par le sport, j’ai découvert une force en moi qui me fait croire en mes moyens, transférables dans multiples sphères de ma vie.

La course me donne le goût de persévérer, de me dépasser. Il y a quelque chose dans la course de si simple, mettre un pied devant l’autre, poursuivre son chemin, malgré les embûches… comme dans la vie.

Course la clinique du coureur 30 km, 2016. Beau chemin sec

Me consacrer au sport à 100% ne me satisferait pas, car j’aurais l’impression de ne pas contribuer à la société. J’ai besoin de travailler, de m’instruire, de participer à la collectivité. Mon équilibre à moi est hétérogène, comme bon je le sens. Et que chacun trouve son propre équilibre. Je n’aime pas les standards, les normes, les règles. J’ai parfois l’impression qu’on se réconforte dans une norme de société, qui n’a selon moi pas lieu d’être. 

Soyons excessifs, rêvons grands. Les grandes personnes n’auraient pas réalisées de grandes choses si on les avaient normalisées… Et la norme, qui a décidé de ce qu’elle devait être ? À chacun son individualité, c’est ce qui nous fait constament évoluer.

Bear Mountain NJ, 50k avec un plâtre, 2016


Et couper le plâtre dans le garage avec une pince! 2016






Malheureux sont les athlètes professionnels qui un jour ont arrêté le sport. Auraient-ils, à travers tous les efforts consacrés à suivre des routines fluos (NDLR: La couleur fluo est l'inverse du Gris), perdus la raison du sport ? 

Se seraient-ils écartés de la “grisitude” ? Pour moi, il n’y rien de plus inspirant qu’une maman ou un papa, occupant un emploi 40-50h/semaine qui prennent le temps d’aller courir à tous les jours. Bravo à toutes les personnes qui poursuivent ou commencent à faire du sport à l’âge d’or et qui deviennent « addicts », vous êtes ma source d’inspiration. J’opte pour la santé par la course grise. 

- 30 -

Bien dit Sarah. Fek la prochaine fois que vous dites qu'on est malade de rouler 200 km un dimanche ou de courir un beau 30 km dans le bois, demandez-vous c'est qui, le vrai malade.

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